Stratégie Logistique : « Quels sont les défis à relever pour pratiquer de la distribution urbaine ? »
Pascal Muh : « Il s’agit d’utiliser le fleuve en dehors de sa zone de pertinence habituelle, à savoir le transport de produits pondéreux comme les matériaux de construction sur longue distance. Lorsque j’ai commencé le transport combiné il y a 12 ans, il y avait des modèles sur lesquels s’appuyer.
Avec le fluvial, il n’existe aucun modèle. Il faut tout créer mais il faut vite parce que ce mode de transport est vite saturable. Les péniches ont une capacité maximale d’embarquement. Mais à long terme, c’est un outil de différentiation considérable. »
SL : « Pourquoi vouloir à tout prix réaliser de la logistique fluviale urbaine ? »
P.M. : « L’accès aux grandes agglomérations est de plus en plus difficiles
Il faut se rendre à l’évidence que le prix du transport routier va augmenter dans les années qui viennent avec la taxe carbone et la taxe kilométrique. D’autre part, ce mode de transport est environnemental : moins de CO2, moins de bruit et moins de pollution visuelle. Ensuite, avec le transport routier, vous perdez du temps pour accéder à la Capitale. Enfin il s’agit d’anticiper sur ce que sera la législation sur les livraisons à Paris dans quelques années. Je pense que ces raisons suffisent en elles-mêmes. »
SL : « Quelles solutions avez-vous envisagé pour la logistique du dernier kilomètre ? »
P.M. : « Pour l’arrivée à Paris, on ne peux pas compter sur un équipement de déchargement fixe... Il existe donc deux solutions : premièrement, le système ro-ro (roll on-roll off) ou le véhicule de livraison est posé dans la barge. Il existe également une autre solution vers laquelle nous nous dirigeons qui est celle d’une gestion de la caisse mobile. Il faudrait une caisse plus petite que 20 pieds, à 12 pieds (3,9 m), avec une grue posée sur la barge pour décharger les marchandises. Le fabricant Mercurius fabrique de tels bateaux pour la Hollande. Le matériel existe donc mais il n’est pas encore utilisé en France parce qu’il n’y a pas assez de volume. »
SL : « Et l’offre de transport n’existe pas vraiment… »
P.M. : « Ce serait bien en effet qu’il y ait une vraie offre fluviale. Il faudrait qu’un logisticien se prenne en main pour proposer une vraie offre structurée en distribution, fonctionnant toute l’année. Il faut que celle-ci devienne un outil industriel aussi pour la distribution car le fluvial est pour l’instant, à quelques exceptions près, le prolongement du transport maritime. »





