Le rapprochement de Fret SNCF et de Geodis ressemble étrangement à la réorganisation des chemins de fer allemands qui a abouti à la création de DB Schenker
Après les ports, le rail ? Jamais ces modes de transport n’avaient été autant mis sur le devant de la scène depuis que le Grenelle de l’environnement les incite à se déployer au détriment de la route. Mais la comparaison ne peut guère aller plus loin. La réforme portuaire agace grutiers et portiqueurs qui assistent à une privatisation de leur statut, 16 ans après leurs confrères dockers. Alors que dans le cas de Fret SNCF, la reprise de la totalité du capital de Geodis par la SNCF s’apparente plutôt à une nationalisation en douceur. Qu’on ne s’y trompe pas.
« Guillaume Pépy a bien rappelé qu’il n’y aurait pas de fusion pour qu’il n’y ait pas de confusion », a récemment déclaré Pierre Blayau dans le magazine Challenges. Pas question que les 23 500 salariés du prestataire logistique bénéficient du statut de cheminot. Mais au contraire, Geodis qui souhaite insuffler une dynamique internationale avec le rachat de TNT Freight Management n’a sans doute pas très envie de traîner le boulet des pertes accumulées par la filiale de la SNCF. Et cela d’autant plus que Pierre Blayau - qui a sorti Geodis du rouge - a été reconduit à son poste pour six ans.
Le rapprochement de ces deux entités ressemble en tout cas étrangement à la réorganisation des chemins de fer allemands en 1994 qui a finalement abouti à la création de DB (Deutsche Bahn) Schenker en décembre 2007. Cette filialisation du fret sous la houlette du prestataire logistique Schenker a permis de faire de l’Allemagne un modèle en la matière. Son train expérimental Pékin-Hambourg arrivé le 28 janvier 2008 et qui a parcouru 10 000 km en 15 jours - deux fois moins que le bateau ! - montre aujourd’hui l’ambition internationale de l’Allemand. Pour l’égaler, Fret SNCFGeodis, fort de ses 8,5 milliards de chiffre d’affaires, devra mettre les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu. Et surtout ne pas considérer la fin du monopole du rail début 2006 comme une menace mais plutôt comme une opportunité.


